PHILOCTETE


  In Greek mythology, Philoctetes is a companion of Ulysses. Wounded in combat, he lies agonizing for days, and as his laments are undermining the morale of the rest of the army, his companions eventually decides to abandon him alone on an island.

    Someone else´s pain always cause uneasiness for the spectator, as it cruelly reminds him of his own fragility. Furthermore, the spectators reaction is also conditioned by the moral standards of his own society. For instance, it is good form to protest when being shown pictures of famine in the third world on television, simply turning our eyes away from them is not socially acceptable. On the other hand, to give in to fascination in front of David Nebreda´s self-harm art can be seen as a morbid pleasure at best, and as perverse voyeurism at worst.

    How could we explain these differences of treatment? In his “On the Genealogy of Morality”, Nietzsche suggests the idea that humans are ready to suffer themselves and to stand for the sufferings of others as long as these sufferings makes sense. The grimacing face of an athlete going beyond his limits will be much more accepted than the grimacing face of an adept of body-modification.

    The fact that body-modifacation is in fashion at the moment is undeniable. It would nevertheless be a major error of judgment to see nothing else than a simple anti-system expression, a quest for identity or self-mutilation beyond this phenomenon. The pain that is represented in these pictures is not a “good” pain. It can not provoke sympathy to the spectators. It is therefore extremely difficult to represent and promote.

    Even today, photography still struggles to be fully recognized as an art. One proof for this is that the representation of terryfying scenes in painting (piles of corpses for Delacroix, agonizing Christ for Grünewald...) will always be better accepted thanks to the distance allowed by plastical reinterpretation.

    One of the purpose of this work is to try to question this notion by using the tools that photography has at its disposal: focusing, framing, lighting, use of black and white, slides...


    The majority of these pictures have been realised in reportage conditions. Some others are more produced with for example a special lighting or mise-en-scène, in order to experiment will all the possibilities that photography has to offer.


   Philoctète, dans la mythologie grecque, est un camarade d’Ulysse. Blessé en combat, il agonise depuis des jours, et comme ses lamentations démoralisent le reste de l’armée, ses compagnons décident de l’abandonner sur une île.

    La douleur d’autrui met toujours le spectateur mal à l’aise, car elle lui rappelle cruellement sa propre fragilité. De plus, sa réaction est conditionnée par les impératifs moraux de la société dans laquelle il vit. Ainsi, il est de bon ton de s’indigner devant des images dénonçant la famine dans le tiers monde, s’en détourner serait une lâcheté condamnable. A l’inverse, céder à la fascination devant les automutilations de David Nebreda est vu au mieux un plaisir morbide, au pire comme relevant d’un voyeurisme pervers.

    Comment comprendre ces différences de traitement ? Dans sa Généalogie de la Morale, Nietzsche avance l’idée selon laquelle l’homme est prompt à souffrir et supporter la souffrance des autres dès lors que celle-ci fait sens, qu’elle se justifie. Ainsi, le visage grimaçant du sportif dépassant ses limites est perçu avec plus de bienveillance que celui d’un adepte des modifications corporelles.

   Que ces dernières soient liées à un effet de mode, c’est indéniable. Mais n’y voir qu’une expression contestataire, une recherche identitaire, une automutilation, serait faire preuve d’un profond manque de discernement. Toutefois, la profonde incompréhension qui entoure ces pratiques (a priori gratuites, injustifiées, donc sulfureuses) en rend l’étude d’autant plus intéressante. 

  La douleur représenté par ces images n’est pas une « bonne » douleur. Elle ne peut susciter de sympathie de la part des spectateurs. Elle est donc des plus difficiles à représenter et à faire apprécier.

   La photographie, encore aujourd’hui, peine à être considérer comme un art à part entière. La preuve en est que la représentation de scènes totalement terrifiantes en peinture (registre du sublime pour Léonard de Vinci, monceaux de cadavres chez Delacroix, Christ agonisant chez Grünewald…) sera toujours mieux accepté grâce à la mise à distance qu’entraine la réinterprétation plastique. Ainsi, ce travail cherche à interroger cette notion, en utilisant les outils dont dispose la photographie : cadrage, mise au point, éclairage, utilisation du noir et blanc ou de l’ekta…

    La plupart de ces images ont été réalisées dans des conditions de reportages. Mais d’autres ont pu faire l’objet d’une mise en scène et d’un choix d’éclairage particulier, permettant ainsi d’expérimenter toutes les possibilités offertes par la prise de vue photographique. 

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